Kevin Leong était au jardin d’enfant lorsqu’il a subi une lésion organique du cerveau qui l’a obligé à tout réapprendre, à marcher comme à utiliser les toilettes.

Pendant plusieurs années, il a eu des difficultés à l’école parce que sa vision était brouillée et qu’il s’épuisait à essayer de lire des imprimés de taille normale. Il n’arrivait pas à suivre.

Aux États-Unis, on rencontre trop d’élèves qui, comme Kevin, se voient refuser la chance de suivre le même programme scolaire que leurs camarades qui ne souffrent d’aucun handicap. L’un des principaux problèmes de ces élèves est qu’ils n’ont pas accès au matériel d’apprentissage dont ils ont besoin pour réussir à l’école.

En 2004, Les États-Unis ont passé un texte de loi sur l’éducation des personnes handicapées, l’Individuals with Disabilities Education Act, en vertu duquel les écoles ont l’obligation de fournir des services pédagogiques spéciaux aux élèves éligibles. Cependant, malgré tous les efforts déployés pour mettre en œuvre des programmes qui nivèlent le terrain de l’éducation, des disparités profondes persistent entre les résultats attendus et les performances des enfants handicapés. Par exemple, près de 40 % de plus d’élèves handicapés de huitième année affichent des compétences inférieures au niveau de lecture de base de leurs camarades non handicapés.

L’un des facteurs qui expliquent cette fracture est l’absence d’accès total au moment opportun aux matériels didactiques sous une forme différente (par ex. en braille, audio ou texte imprimé en gros) convenant aux personnes handicapées qui ne peuvent pas lire les caractères d’imprimerie habituels – comme les malvoyants, celles qui ne peuvent pas tourner les pages d’un livre, ou qui souffrent d’un trouble de l’apprentissage comme la dyslexie. Bien que la loi et le règlement stipulent que les écoles doivent fournir des ressources « équivalentes » aux élèves handicapés, en pratique la majorité de ces élèves n’ont pas le même accès aux manuels scolaires et autres matériels pédagogiques qui constituent les principales ressources du programme scolaire.

“Cependant les livres électroniques pourraient aider des millions d’autres élèves aux États-Unis et de par le monde.”

La bonne nouvelle c’est que la technologie évolue et fait évoluer l’éducation. En particulier, les livres électroniques offrent la possibilité d’améliorer extraordinairement l’accès à la lecture des élèves handicapés – mais aussi des enfants désavantagés partout dans le monde. En effet, les livres électroniques (à la différence des imprimés traditionnels) peuvent être configurés différemment et être adaptés aux besoins de chacun. Ainsi, les livres électroniques transforment l’accès à l’information en une réalité accessible, puisque les gens, dont les élèves, ont pratiquement tous dans leur poche un appareil susceptible d’être utilisé comme lecteur électronique : des téléphones mobiles bon marché et des lecteurs MP3 jusqu’aux systèmes de prises de notes en braille capables de stocker des milliers de livres électroniques en braille digital. La responsabilité nous incombe à tous de continuer à libérer le potentiel des livres électroniques pour permettre à tout un chacun d’avoir un accès sur un pied d’égalité au savoir et à l’apprentissage.

Il suffit de voir comment la bibliothèque en ligne Bookshare – une initiative de Benetech, une organisation à but non lucratif de la Silicon Valley qui propose des solutions technologiques pour résoudre des problèmes sociaux – transforme la vie des jeunes Américains qui n’arrivent pas à lire des textes imprimés.

Grâce à la technologie des livres électroniques, Bookshare dessert aujourd’hui plus de 300 000 élèves en leur donnant accès à plus de 300 000 ouvrages – ce qui en fait la plus grande bibliothèque du monde de ce genre. Lorsqu’un enfant handicapé a besoin d’un manuel pour l’école ou veut simplement lire le même livre que ses camarades non handicapés, il y a de bonnes chances qu’il puisse trouver l’ouvrage sous forme électronique à Bookshare et puisse le télécharger dans la présentation qui convient le mieux pour l’utiliser à l’école, à la maison ou ailleurs. Qui plus est, ces ouvrages sont disponibles gratuitement, car le Gouvernement américain finance la bibliothèque Bookshare qui favorise le respect des droits des personnes handicapés et des lois sur l’éducation.

Pour les étudiants handicapés américains – y compris Kevin, qui est un membre actif et enthousiaste de Bookshare – la disponibilité de ces ouvrages leur permet de faire leurs devoirs, ce qui améliore leur estime de soi.

La bibliothèque Bookshare est rendue possible grâce à une exception au droit d’auteur : à la Section 121 de la loi des États-Unis sur les droits d’auteurs (Copyright Act), connue aussi sous le nom de Chafee Amendment. Cette exception permet à des entités autorisées à but non lucratif comme Benetech de créer des versions accessibles d’ouvrages protégés par le droit d’auteur sans avoir à demander la permission aux maisons d’édition (et sans avoir à payer de droits), et de distribuer ces exemplaires exclusivement aux personnes souffrant de handicaps qui ne peuvent pas utiliser les livres habituels. En gros, 1–2 % des élèves aux Etats-Unis satisfont à ces critères. Les élèves en-dehors des États-Unis ne sont pas couverts par cette exception nationale au droit d’auteur car chaque pays possède sa propre législation dans ce domaine.

Cependant les livres électroniques pourraient aider des millions d’autres élèves aux États-Unis et de par le monde. Que peut-on faire aujourd’hui pour un avenir où l’information sera accessible ?

Tout d’abord, il est essentiel de plaider sur le plan juridique en faveur de la ratification de deux traités historiques des Nations Unies relatifs aux handicaps. Le premier est la Convention relative aux droits des personnes handicapées —un cadre vital pour élaborer les textes de lois et les politiques ayant trait aux droits et à la dignité de toutes les personnes handicapées. Le deuxième est le Traité de Marrakech visant à faciliter l’accès des aveugles, des déficients visuels et des personnes ayant d’autres difficultés de lecture des textes imprimés aux œuvres publiées – un traité international relatif aux droits d’auteurs qui ferait de l’exception du droit d’auteur une norme mondiale pour les personnes handicapées et permettrait de partager des livres de part et d’autres des frontières nationales.

Par ailleurs, il est essentiel de s’assurer que tous les nouveaux contenus digitaux sont accessibles dès le départ. Tous les livres électroniques doivent avoir une capacité audio, en prenant pour support un smartphone ou n’importe quel appareil permettant d’écouter de la musique que les gens promènent dans leur poche. Un bon concept peut et devrait être un concept accessible. Au lieu d’adopter une solution unique en forçant tout le monde, élèves et éducateurs, à se limiter à une seule approche, il sera alors possible d’adapter le contenu et la technologie aux besoins de chaque élève. Grâce à cette approche de concept universel, les livres électroniques qui répondent aux besoins des élèves handicapés sont simplement plus utiles à tout le monde.

Nous vivons une époque critique et porteuse d’espoir : des changements profonds interviennent dans l’industrie de l’édition et des technologies, ce qui permettra à une vision d’égalité des chances et d’éducation de qualité pour tous de devenir réalité pour tous les enfants de la planète.