Avec près de 22 millions d’enfants de moins de un an qui manquent de vaccins, 161 millions d’enfants de moins de 5 ans qui souffrent de retard de croissance à cause de la malnutrition, et 6,3 millions qui meurent avant leur cinquième anniversaire, il est clair que des solutions innovantes s’imposent.

Néanmoins, certaines tendances empêchent les gouvernements, et les organismes d’aide humanitaire et de développement, de réagir de manière adéquate à ces statistiques alarmantes. D’abord, les gouvernements sont bloqués par un environnement d’austérité qui a réduit les budgets d’aide. Ensuite, entre les nombreuses priorités concurrentes et la hausse de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles dans le monde, les ressources humaines et financières ne sont pas loin de leurs limites.

Ensemble, ces tendances rendent difficile l’intensification efficace des activités. Il est plus clair que jamais que tous les secteurs, y compris le secteur privé, doivent jouer leur rôle pour donner aux enfants dans le monde l’aide qu’ils méritent et dont ils ont besoin. La bonne nouvelle, c’est que les entreprises dans le monde cherchent de plus en plus à utiliser leurs ressources – souvent considérables – financières, en nature et humaines pour réaliser les droits des enfants dans le monde. À cet égard, deux tendances supplémentaires présentent de nouvelles possibilités : d’abord, les entreprises des économies développées et émergentes prennent petit à petit conscience de la valeur à court et long terme de l’intégration de l’innovation et de la durabilité sociales à leur stratégie d’entreprise de base. Ensuite, les entreprises demandent de plus en plus conseil aux organismes d’aide humanitaire et de développement pour savoir où rentabiliser au mieux leurs produits, services et autres ressources en résolvant les problèmes les plus urgents dans le monde. Les intérêts du secteur public et privé convergent donc de plus en plus, créant ainsi un terrain fertile pour de nouveaux partenariats entre le secteur public et privé.

En profitant de cet alignement d’intérêts croissant, les organismes de défense des droits de l’enfant peuvent créer de nouvelles possibilités de partenariats innovants pour remédier aux principaux défis relatifs aux enfants. À vrai dire, c’est déjà le cas. Le développement prometteur des partenariats public-privé et du marketing humanitaire (MH) a créé de nouvelles possibilités de renforcement des activités de collecte de fonds et de plaidoyer. Le MH, l’une des formes les plus innovantes de partenariat ayant émergé au cours de la décennie passée, correspond à son niveau le plus fondamental à une collaboration entre une entreprise et une entité publique ou non gouvernementale pour collecter des fonds et sensibiliser à une cause. Dans sa forme la plus commune, la contribution de l’entreprise est liée au volume de produits ou de services vendus dans le cadre de la campagne. L’organisation à but non lucratif en bénéficie en ajoutant son nom ou son logo au produit, service, packaging ou matériel promotionnel du partenaire.

De nombreux exemples de réussites de partenariats de MH illustrent le potentiel de ce type de campagnes. Par exemple, le partenariat « 1 paquet de couches acheté = 1 Vaccin » entre la marque Pampers de Proctor & Gamble et l’UNICEF a fourni plus de 300 millions de vaccins contre le tétanos maternel et néonatal, et la campagne « World Hunger Relief » entre le groupe Yum! Brands et le Programme alimentaire mondial (PAM) a réuni plus de 148 millions de dollars des É.-U., essentiellement pour les programmes d’alimentation scolaire du PAM.

L’innovation du marketing humanitaire provient non seulement des gains financiers et des avantages en matière de plaidoyer potentiellement importants pour l’organisme, ou des avantages pour la réputation de l’entreprise pour ses « bonnes actions », mais plus particulièrement du potentiel que ce type de partenariats offre pour la durabilité des programmes. Tandis que les dons traditionnels du secteur privé sous forme de ressources financières, en nature ou humaines étaient souvent intégrés aux budgets de marketing, qui étaient sujets à des coupes en fonction des performances financières de l’entreprise, les campagnes de MH sont utiles aux entreprises dans la mesure où elles sont liées aux ventes de leurs principaux produits ou services. Le fait que ces campagnes puissent mener à la fois à des avantages financiers tangibles et à des avantages intangibles comme la différentiation des marques ou une meilleure satisfaction des employés, accroit les chances de partenariats à long terme pour les entreprises, et dans le meilleur des cas, de résultats positifs et durables pour les enfants.

Certes, les partenariats de MH représentent une approche innovante de la collecte de fonds et du plaidoyer mais il ne s’agit pas d’une solution miracle et les organismes chargés de protéger le bien-être des enfants doivent comprendre les risques et les limites de ce genre de partenariats. Certains ont critiqué les motivations de profit derrière ce type d’engagement en affirmant que, par exemple, ces campagnes permettaient aux entreprises d’agir de manière intéressée pour influencer le débat sur une cause particulière et, qu’ainsi faisant, elles détournaient l’attention d’autres pratiques d’entreprise socialement ou environnementalement néfastes. Il s’agit d’une préoccupation légitime et, afin d’éviter un retour négatif et un tort potentiel à la réputation de ce genre de partenariats auprès des parties prenantes de l’organisme, et du public en général, il importe d’étudier la situation avec soin et de choisir des partenaires disposant, par exemple, de solides politiques contre le travail des enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement (toutes filiales comprises), d’une réputation globalement positive, et d’un réel engagement envers la cause.

Même lorsque ces risques sont maîtrisés, il existe des limites à la valeur potentielle des campagnes de MH. Un MH correctement effectué implique des investissements considérables en réalisant les vérifications nécessaires sur les potentiels partenaires, un encadrement juridique, une gestion solide du partenariat, la transparence et l’évaluation de la campagne, entre autres, et les coûts peuvent être supérieurs aux bénéfices – en particulier pour les organismes les plus petits.

Malgré ces risques et limites, et indépendamment du fait que les organismes utilisent ou non des modèles de partenariat comme le MH pour atteindre leurs objectifs, le secteur privé, avec ses ressources, sa portée et son influence, peut et doit jouer un rôle clé pour aider à relever les défis urgents auxquels sont confrontés les enfants.