L’Inde a envoyé la plupart de ses enfants à l’école en ouvrant davantage d’écoles et en augmentant les inscriptions. Mais la qualité de l’apprentissage laisse beaucoup à désirer.

En Inde, la science s’apprend traditionnellement par cœur. Très peu d’écoles se risquent à des expériences. Les enfants répètent mécaniquement les définitions et les réponses et les reproduisent dans les examens. Dans ce processus, toute la joie de la science se perd.

En 1970, une expérience pilote, le programme d’apprentissage des sciences de Hoshangabad (HSTP), a essayé de redonner vitalité à l’apprentissage des sciences dans les écoles de village. Au lieu des burettes et pipettes classiques, on a eu recours à un appareillage improvisé, utilisant du matériel simple et bon marché que l’on peut trouver partout pour rendre la science amusante. Le programme, qui a commencé avec 16 écoles gouvernementales, s’est étendu à plus de 1 200 établissements scolaires.

Les instruments chers en verre sont souvent enfermés dans des placards, et les enfants n’y ont pas accès. Ici, des objets ordinaires et familiers ont été utilisés pour un apprentissage des sciences basé sur des activités pratiques. Les enfants adorent les jouets. Lorsqu’ils jouent, ils saisissent intuitivement la science qui se niche derrière le jouet.

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Les maquettes faites d’allumettes : on peut construire des modèles simples avec des allumettes et une valve/un tube de chambre à air, mince tube noir que l’on trouve dans tous les villages. Les enfants peuvent faire des jointures de 2, 3, 4, 5 et 6 éléments avec ces morceaux de caoutchouc et construire tout un ensemble de formes à deux et trois dimensions. En les construisant, ils voient que le triangle est la figure la plus solide et comprennent qu’on l’utilise pour fabriquer la partie de la charpente qui porte le faîtage des toits et les ponts. Ces modèles aident les enfants à comprendre l’importance de la science : ils sont liés à la vie réelle.

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Les casse-tête faits de clous : des clous de 10 centimètres que l’on utilise pour faire des encadrements de portes en bois sont disponibles dans toutes les quincailleries, même dans des endroits reculés. Peut-on mettre 10 clous en équilibre sur la tête d’un clou vertical ? Ça a l’air impossible, mais c’est tout à fait simple. En s’amusant avec ce jouet, les enfants saisissent intuitivement les principes fondamentaux de l’équilibre et du centre de gravité.

L’appareil d’arrosage fait avec une paille : plantez un morceau de bois droit et solide au milieu et à travers d’une paille. Faites deux fentes équidistantes dans la paille. Repliez la paille de façon à faire un triangle et attachez ensemble avec un ruban adhésif. Mettez l’arrosoir dans un verre d’eau, faites tourner le bâton comme une toupie, et un système d’arrosage circulaire va se mettre en place. Les enfants saisiront spontanément la force invisible d’un mouvement centrifuge. Par une chaude journée d’été, les enfants s’amuseront beaucoup à arroser les plantes avec cet appareil.

Combien de choses peut-on mettre dans une boîte d’allumettes ? Essayez d’entasser de petites choses (seulement une de chaque) dans une boîte d’allumettes vide. Les enfants commencent à jeter un œil sélectif sur le monde en y cherchant de petites choses : une graine de moutarde, un grain de riz, un bout de fil ou un morceau de feuille. Dans une compétition de ce type, il y a 30 ans, un enfant a été capable d’entasser plus de 250 articles ! Les enfants d’aujourd’hui battraient certainement ce record.

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La flûte magique : aplatissez le bout d’une paille en plastique en la pressant, puis taillez-la en pointe pour en faire une pique. Mettez la paille dans votre bouche et soufflez. Elle vibrera et produira une note de musique. Faites quelques trous dans la paille, et vous en jouerez comme d’une flûte. Continuez à la couper pour entendre des sons de plus en plus aigus.

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Des découpages dans des sandales : quand on n’est pas riche, on porte des nu-pieds en caoutchouc. La semelle d’une chaussure hors d’usage constitue un intéressant outil pédagogique Montessori. Découpez-y un triangle, un cercle et un carré, et vous aurez un bon casse-tête géométrique pour les petits enfants, notamment les malvoyants. N’ayant pas de bord tranchant, il ne pose pas de risque pour les enfants.

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Un moteur simple : le moteur électrique est ce qui fait marcher beaucoup d’appareils à la maison : le ventilateur, la glacière, le frigo, la pompe et la machine à laver. Toutefois, rares sont les enfants qui fabriquent des moteurs. A part une pile de 1,5 volt pour lampe électrique, il faut un aimant en ferrite, deux grosses épingles à nourrice, deux bandes élastiques taillées dans une chambre à air de bicyclette et 1 mètre de fil de cuivre isolé pour rembobiner les moteurs. La bobine est enroulée autour de la pile, qui lui donnera sa forme de cercle. A un bout de la bobine, on aura complètement dénudé le fil de cuivre. A l’autre bout, on n’en aura dénudé que trois côtés sur quatre, le peu qui reste faisant office d’interrupteur. Cet interrupteur improvisé, qui fait office de « balai », ou de commutateur, est ce qui est au cœur d’un moteur à basse tension. Une petite fille a été complètement fascinée par ce moteur magique. Elle se levait au milieu de la nuit, faisait tourner le moteur quelques minutes, puis retournait se coucher.

Ressources en ligne

Depuis 10 ans, une équipe spécialisée composée de gens compétents et compatissants essaye de rendre la science amusante et accessible aux enfants, notamment les enfants pauvres. Ces expériences scientifiques à bas prix utilisent des bouteilles en plastique, des emballages Tetrapak, des journaux, des balais, des cartes postales et d’autres fournitures jetables. Le groupe dispose de 4 300 petites vidéos doublées en 20 langues différentes sur son site Web.

Non seulement ces ressources aident les écoles des villages les plus reculés de l’Inde, elles incitent les enfants et les enseignants des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine à aborder les sciences en s’amusant. Breezy Ocana Flaquer, de la République dominicaine, a doublé en espagnol plus de 3 00 vidéos, qui ont été visionnées par des millions d’enfants d’Amérique latine. Nous essayons de trouver des partenaires pour doubler les vidéos en népalais et en bangla, car elles aideraient les enfants à mieux apprendre les sciences dans ces pays en développement.

(Illustrations par Vidula Mhaiskar)